Exposition « Au Royaume d’Alexandre le Grand. La Macédoine antique », au musée du Louvre

« En Macédoine, la loi condamnait le guerrier qui n’avait pas tué d’ennemi à porter un licou » affirme Aristote. Pour les Grecs des cités, le royaume de Macédoine est un repère de barbares, à l’image de Philippe II réputé alcoolique et brutal. En fait le père du futur conquérant fut semble t-il un fin lettré et un habile diplomate. L’exposition organisée par le musée du Louvre éclaire d’un nouveau jour la Macédoine antique. Plus de 500 objets révèlent une richesse artistique, un raffinement et un faste qui n’ont rien à envier au reste du monde grec: les mines macédoniennes fournissaient en abondance l’or dont se paraient les femmes, telle cette « dame d’Aigai » et ses extraordinaires ornements. On admire également les nombreuses couronnes qui étaient décernées lors de banquets, pour célébrer diverses vertus. Bracelets, colliers, bagues, diadèmes, boucles d’oreilles, fibules…l’exposition regorge de trésors provenant des tombes macédoniennes. En 1977 on découvrit en effet à Vergina plusieurs sépultures royales parmi lesquelles celle de Philippe II, de spacieuses chambres funéraires décorées de peintures murales et garnies d’objets quotidiens, bijoux, vases… Au fil de l’exposition, on remarque de superbes hydries cinéraires avec couvercle de plomb, d’impressionnants sarcophages en marbre, un lit funéraire où un chien sculpté accompagne son maître dans l’au-delà, de monumentales portes de tombes, des stèles funéraires…
Alexandre le conquérant, et dans une moindre mesure Philippe II, résument souvent à eux-seuls la Macédoine. L’exposition a le mérite de retracer l’histoire qui précède les deux héros. Dès l’âge du bronze en effet la future Macédoine a déjà une identité. C’est alors une mosaïque de peuples, un creuset de populations. Vers 650 avant notre ère, le royaume de Macédoine est fondé en Piérie par les Téménides, les trois fils de Téménos, venus du Péloponnèse. Perdiccas, le plus jeune des fils, devient le premier roi d’une dynastie qui durera jusqu’à Alexandre… Tandis qu’au sud de la Grèce s’impose le modèle de la polis, au nord on choisit la royauté pour assurer l’unité d’un territoire vaste et hétérogène. Jusqu’à Philippe II, les rois macédoniens essaient de rester à l’écart des conflits, louvoient entre les cités grecques et les Perses, en fonction de leurs intérêts. Avec Philippe II, l’épopée commence ! Le roi conquiert la Peonie, la Thrace, la Chalcidique, la Thessalie. Après la bataille de Chéronée, il met au pas la Grèce du sud. Il double le territoire de la Macédoine et impose son autorité aux cités grecques! Sans doute veut-il lancer une expédition en Asie Mineure, mais il meurt assassiné en -336, brisé dans son élan. Son fils, Alexandre III, reprend le projet paternel: en un an, il s’empare de l’Asie Mineure; puis il part à la conquête du monde…
***
Écoutez la conférence Intermèdes sur l’exposition du musée du Louvre animée par Thierry Soulard, chargé de cours à l’université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines, docteur en Histoire de l’art médiéval.

Catégories