Les Borghèse et l’Antique
Samedi 28 janvier 2012De Paris à Rome, exposition à la Galerie Borghèse
Ou comment les collections d’antiquités des Borghèse sont arrivées au musée du Louvre
8 décembre 2011 / 9 avril 2012

Il s’agit d’un évènement unique qui a son histoire. Soixante cinq œuvres sont déplacées du Louvre pour leur faire retrouver leur place d’origine dans la villa de la famille Borghèse, à Rome. Par exemple, seront de retour, l’Hermaphrodite restauré par Le Bernin en 1619, Sénèque mourant, les muses du IIe siècle de notre ère, et bien d’autres, pour retrouver la collection créée au XVIIe siècle par Scipion, neveu du Pape Paul V, conçue comme un « théâtre de l’univers avec tous les plaisirs de la vie. »
L’histoire est la suivante et se déroule pendant le règne de Napoléon 1er. Camille Borghèse était devenu le beau-frère du 1er Consul en épousant sa sœur, Pauline Bonaparte, le 5 novembre 1803. « La renommée de sa famille, l’importance et la beauté des immeubles possédés à Rome et à Florence, la grandeur des domaines détenus dans les États Romains, le royaume de Naples et en Toscane, les alliances matrimoniales faisaient de lui un des premiers patriciens d’Italie. Il était, en outre, le possesseur d’une célèbre collection d’antiques. »
Son père, Marc-Antoine Borghèse avait aménagé à grands frais le casino de sa villa hors-les-murs, située entre la porte Pinciana et celle du Peuple pour y loger ce bel ensemble de statues et de bas-reliefs. 154 statues en pied, 170 reliefs, 160 bustes, 30 colonnes, etc. Mais heureusement, les peintures furent épargnées, elles forment précisément l’actuelle Galerie Borghèse. Pourquoi avoir vendu ces marbres ? Tout simplement à cause des difficultés de trésorerie de la famille. Entre 1796 et 1799, les Borghèse avaient dû payer 60.000 écus à Pie VI pour les armements, 36.000 aux Français pour un emprunt forcé, payer plusieurs contributions à la République Romaine dont une de 100.000 sequins… Marc-Antoine se mit donc à vendre ici son magnifique ensemble de vermeil, là son argenterie. La dot de Pauline n’avait rapporté à Camille que 500.000 francs, or elle exigeait, pour ses dépenses de toilette 20.000 francs chaque année. Pour se libérer de ses dettes, Camille envisagea la cession de sa collection à l’Empereur. Celui-ci fit évaluer les chefs d’œuvre par Messieurs Denon et Visconti. A cet achat, Napoléon voyait un double avantage : sortir de la peine un membre de sa famille et d’autre part augmenter le nombre d’œuvres d’art dont il jugeait indispensable d’orner les palais et les musées de sa capitale. Denon était alors directeur du musée Napoléon, il fut un conseiller très écouté. En fait, il jubilait de voir rassemblés l’Hercule Farnèse, le gladiateur Borghèse, l’Apollino de Florence. A cela s’ajoutait, en provenance de Naples, à la suite de la chute des Bourbons, des marbres de la collection Farnèse. La seule évaluation chiffrée de cette acquisition, nous vient d’une lettre de Denon à l’Empereur, datée du 22 mai 1806, estimant à 5 millions la valeur marchande de la collection mais proposant de la payer le double. Quant à Visconti, il en avait établi le catalogue avec gravures en trois volumes. Fixé en France depuis 1799, il exerçait les fonctions de conservateur des Antiques du musée Napoléon. Le décret d’achat ne fut signé que quinze mois plus tard, le 27 septembre 1807, le montant était passé de 10 à 12 puis 13 millions. Entre temps, Napoléon avait dû s’occuper de la guerre contre la Prusse et la Russie. Dominique Vivant Denon est devenu par la suite le premier directeur du Musée du Louvre. Aujourd’hui, le Louvre prête à la Galerie Borghèse des « antiques » qui par la même occasion se retrouvent dans leur palais d’origine.
I. Aubert






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