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Vienne se pare des ors de Klimt !

Lundi 27 février 2012

klimt_kiss © Belvedere-Vienna_bd

Muralité, disparition des lignes de fuite, affirmation de la bi-dimensionnalité du tableau… Cela pourrait être la description d’un tableau abstrait mais si l’on ajoute profusion décorative, stylisation des formes, exubérance chromatique, mais c’est d’un tableau de Klimt dont on parle.

Klimt offre des pastorales, des figures mythologiques ou des allégories transcrites dans un vocabulaire pictural unique qui emprunte autant à Monet qu’aux vases grecs ou aux mosaïques à fond d’or byzantines.

C’est un artiste qui au moment du passage entre le deux siècles propose une fusion des genres et des styles. Genres si fondamentaux et encore si rigides  pour le commanditaire bourgeois du XIXe siècle. Le tableau d’histoire, le paysage, le portrait… Les œuvres doivent avoir une raison d’être. Klimt nous offre des œuvres animées au sens littéral du terme.

Peintre-décorateur au début de sa carrière aux côtés de son frère et de Franz Matsch, il décore des villas, des bâtiments publics dont le Kunsthistorisches Museum. En 1897, il participe notamment avec Moser à la création du magazine « Ver Sacrum » (Printemps sacré) qui sera un champ d’expression pour de nombreux artistes et lance l’Union des Artistes Figuratifs ou Sécession.

C’est une nouvelle vision de l’art qui enflamme l’Europe à cette époque avec le Jugenstill en Allemagne, l’Art nouveau en France.

Une volonté : pulvériser les barrières entre les genres, entre les méthodes et les disciplines. Plus de distinguo entre arts majeurs et mineurs. L’art doit être total, des boutons de porte aux faîtes des toits.

Vienne fête cette année cet immense et inclassable artiste à l’occasion du 150ème anniversaire de sa naissance.

L’occasion unique de découvrir la plus grande collection de Klimt qui va être intégralement dévoilée au public au Wien Museum : dessins, folios, affiche originale de la première exposition du mouvement Sécession. L’Albertina, Le musée Leopold, le Kunsthistorisches, tous déploient leurs trésors. Exceptionnel !

> Découvrez ces expositions lors du voyage Vienne fête Gustav Klimt du 19 au 22 mai 2012.

D’autres dates vous sont également proposées sur notre site www.intermedes.com

M. Maulino

© Belvedere-Vienna

Voir Tàpies et regarder autrement…

Lundi 20 février 2012

Poussière d’argile, marbre pulvérisé, coulures comme des larmes minérales… Tàpies s’en est allé… Il a tiré le rideau cent fois déchiré.

Matériaux troués, arrachés, recousus et encore abîmés… encore et encore…

Celui qui fût si profondément choqué par les atrocités de la guerre civile espagnole fit de ces blessures sa thématique essentielle.

Car il est essentiel que certaines plaies ne se referment pas, qu’elles restent béantes afin qu’on ne les oublie pas.

L’engagement politique du marquis de Tàpies décoré par le roi d’Espagne en 2010, est allé bien au-delà de la simple pose intellectuelle. Farouchement anti- franquiste, il fût le co-fondateur en 1948 du groupe catalan à la revue homonyme « Dau Al Set » aux côtés, entre autres, d’Arnau Puig et de Joan Brossa.

Ce partisan de la liberté ne resta pas attaché à un genre, art brut ou surréaliste, dont il côtoya pourtant les cercles. A la violence des idéologies, Tàpiès oppose la violence plastique. Sa démarche de chercheur de l’informel est quasiment scientifique.  Sa ténacité à travailler les matériaux, à les lacérer, à les étirer jusqu’à la déchirure ; ou à la agglomérer, les condenser, est inlassable… Comme ce motif de la croix qui, bien loin d’être seulement un symbole religieux, est récurrent de son œuvre. Cette croix synthèse plastique et intellectuelle du vivant et de l’inerte, de la verticalité et de l’horizontalité…Implacable.

Il a su mettre au point un vocabulaire, une syntaxe contre l’uniformisation, la perte d’identité, tout ce que peut engendrer un totalitarisme avoué ou larvé. «  Mon illusion est d’avoir quelque chose à transmettre. Si je ne peux changer le monde, je désire au moins changer la manière dont les gens le regardent. » disait il en 1990 au moment de l’ouverture de la fondation qui porte son nom à Barcelone.

Regardons Tàpies à nouveau…

M. Maulino

Pour mieux comprendre l’Inde des maharajas

Mercredi 15 février 2012

Fort de Sheesh Mahal - Jaipur

Après le sac de la ville de Delhi par le Mongol, Timur le Boîteux, bien connu sous le nom de Tamerlan, en 1399, les envahisseurs afghans venus du Sind et du Pendjab firent appel à Baber, dit le Tigre, qui était un descendant de Tamerlan par son père et de Gengis Khan par sa mère. Grâce à ses canons, inconnus en Inde à cette époque et avec huit mille hommes du sultan Ibrahim, Baber gagna la bataille de Panipat, au nord de Delhi. C’est ainsi qu’en avril 1526 naquit un nouvel empire indien, celui des Moghols. Ce fut ensuite le règne d’Humayun et enfin d’Akbar, son fils, un empereur digne de ce nom, qui gouverna près de cinquante années, de 1556 à 1605. Ce nom on l’entend souvent lors d’un circuit culturel au Rajasthan lorsqu’on arrive, ébloui, devant l’intemporel Taj Mahal, à Agra.

L’Histoire de cette partie de l’Inde est parsemée de termes qui, pendant des siècles, ont alimenté les rêves de l’Occident. Par exemple Maharaja signifie grand roi, appellation qui est apparue au 1er siècle aux confins du Rajasthan et du Pakistan. Le Rajasthan c’est le « pays des rois », le berceau des rajpoutes, qui sont eux-mêmes les « fils de rois », trente-six clans de la caste militaire des kshatrias d’où les maharajas sont issus. Quant aux rajpoutes, ils sont le produit des grandes invasions antiques. Dans leurs veines coule le sang des Huns, des Scythes et aussi celui des dieux (innombrables) du panthéon hindouiste, tout simplement ! Et les brahmanes alors ? Ce sont les membres de la caste sacerdotale, ils occupent toujours la plupart des postes supérieurs des universités et de l’administration. Ils ont tendance à voir dans les rajpoutes les défenseurs de l’Hindouité. Régnant sur les castes inférieures des paysans et des marchands, ils forment une féodalité qui rappelle celle de la lointaine Europe. Leurs châteaux forts, ou garh quadrillent le Rajasthan. Ils ont une chanson de geste, le mahabharata, poème épique de 100.000 vers, un code d’honneur qui ne laisse pas place à la démission  ni au renoncement.

Qui ou quoi en viendra à bout ? Tout comme la baignoire romaine avait soumis le guerrier gaulois, le luxe, le faste et le goût du superflu, dans la droite ligne de leurs homologues versaillais, au XVIIIe siècle, envahissent les garh et transforment les fiers Moghols en courtisans entichés de mode à la turque ou à l’européenne. Les harems deviennent fastueux et, la domination britannique au milieu du XIXe siècle, aura la plus grande facilité à leur faire jouer le rôle de gouverneurs coloniaux, en attisant leur goût du luxe et la jalousie obsessionnelle qui les anime. L’influence des anglais dura près d’un siècle, jusqu’en 1947, date à laquelle l’Inde accède à l’Indépendance et qu’est créé l’état du Rajasthan.

Et après ? L’exemple fut donné par le Marharaja de Jaipur, celui-là même qui trouva la mort dans un championnat de polo, en 1970 : il transforma son palais du Rambagh, en hôtel de luxe, pour le plus grand plaisir des voyageurs et fut très vite suivi par d’autres. A nous, l’espace d’une nuit, le sortilège  d’un rêve de marbre blanc…

I. Aubert

Matteo Ricci, Giuseppe Castiglione et les autres pères Jésuites en Chine

Vendredi 3 février 2012

matteo ricci

Il faisait froid à Pékin, en février 2003, lorsque j’effectuai un séjour culturel dans la capitale de la Chine. Le prétexte en était de revenir sur les traces qu’ont laissées les pères jésuites et, en particulier, l’italien Matteo Ricci qui vécut à la cour des Ming de 1601 à 1610, date de sa mort. Il avait son tombeau, près de la place Tian’anmen.

Il s’agit d’une belle aventure. Les premières tentatives d’évangélisation de la Chine remontent au Ve siècle, lorsqu’une communauté hérétique de l’église de Byzance, les nestoriens, se répand à travers l’Asie. Du VII au IXe siècle et ensuite sous la domination mongole, des tribus entières et même un prince, khan Kitan, acceptent de se convertir. C’est à ce moment que se situe la légende du « royaume du prêtre Jean » dont on parla beaucoup au Moyen-âge et qui fit rêver d’un éden dont on ne réussit jamais vraiment à trouver trace : « Au-delà de la Perse et de l’Arménie, s’étend un merveilleux royaume dirigé par le Prêtre Jean… » À l’époque des croisades, le mythe du prêtre Jean avait pris de l’ampleur parce qu’on caressait l’idée que ce prêtre-roi pourrait devenir un soutien potentiel de l’Europe contre les musulmans.

Au début du XVIe siècle, François de Xavier, l’évangélisateur de l’Asie, en compagnie d’Ignace de Loyola avec qui il avait participé à la création de la Compagnie de Jésus, débarque à Goa, alors possession portugaise, où il réalise un certain nombre de conversions. De Goa il se rend à Taiwan puis à Malacca et enfin au Japon.  Il meurt de maladie, sur l’île de Sancian, en tentant de rejoindre Macao.

C’est en 1582 que Matteo Ricci arrive à Macao croisant ainsi le destin de Saint-François de Xavier. Il attend l’autorisation d’entrer à Canton et s’installe à Zhaoqing avec son compagnon Michele Ruggieri. Il parvient à entrer en contact avec des mandarins grâce à ses grandes connaissances en mathématiques, en astronomie et en horlogerie. Il reste dix-huit ans dans le sud de la Chine, s’habillant d’abord comme les moines bouddhistes, puis adoptant, par la suite, la tenue des Lettrés. Il étudie la langue des mandarins qu’il parle très vite couramment.

A cette époque, La France et les pays voisins, l’Italie surtout avec qui les échanges étaient constants, vivaient la période féconde et passionnante de la Renaissance dans l’art et l’art de vivre.  De ces connaissances nouvelles, les jésuites, qui n’apportaient pas seulement les instruments du culte catholique, véhiculèrent la culture humaniste et la science que des savants comme Copernic et Galilée et plus tard Newton, faisaient avancer à grandes enjambées. Matteo Ricci était arrivé, quant à lui, porteur d’une épinette, d’une mappemonde et de deux horloges à sonnerie qui fascinèrent les savants chinois et même leur Empereur, Wanli, de la dynastie des Ming, celui-là même qui invita le père Jésuite à demeurer dans la Cité interdire et qui autorisa sa sépulture tout près de là. Ricci est le premier missionnaire chrétien des temps modernes, et premier Occidental, à avoir été aussi proche de l’empereur.

Avant lui des missionnaires franciscains et des marchands occidentaux. avaient emprunté à l’Empire du Milieu une part de son imagerie utilisée par des peintres flamands comme Brueghel ou Bosch pour décrire l’enfer à grand renfort de monstres et de dragons, ainsi que d’autres thèmes décoratifs qu’utilisèrent certains peintres siennois. L’’échange cette fois fut plus fructueux et l’on est en droit de se demander si le plus grand apport fut de l’Europe vers la Chine ou, tout au contraire, si les européens ne s’en trouvèrent pas fortement sinisés, comme on peut le constater lorsqu’à la fin du XVIIe siècle et tout au long du XVIIIe, les « chinoiseries » envahirent la mode et la décoration des châteaux. En réalité, chacune des deux civilisations en présence étaient persuadées de sa supériorité. Dans son sacerdoce, Matteo Ricci faisait la part des choses en permettant que certains rituels confucéens soient intégrés à la religion qu’il prêchait et, en particulier, ceux qui étaient liés au Culte des ancêtres. Il devait être difficile, arrivant avec des notions de « Révélation » divine, impalpable et indiscutable, d’imposer un message aussi complètement déconnecté de la pensée chinoise de ce temps. Hélas, poussée par  les franciscains et les dominicains qui dénonçaient ces « hérésies » auprès de Rome, se leva la fameuse « Querelle des rites » qui dura près de deux siècles et mit un coup d’arrêt à l’évangélisation de la Chine. Toutefois, les liens d’amitié qui unissaient certains empereurs de la dynastie des Qing, essentiellement Qianlong qui régna soixante ans de 1736 à 1796, perdurèrent. Le père Giuseppe Castiglione se vit confier, par l’empereur, la construction d’une centaine de pavillons de style baroque, dans le « parc de la perfection et de la clarté » du Palais d’Eté (malheureusement détruits lors du sac du palais d’été) et aussi de peintures de cour qui firent merveille…

En Europe et plus particulièrement en France, les nombreux rapports que les Jésuites envoyaient à leur hiérarchie vantant l’intelligence, la capacité et l’industrie des Chinois, firent leur chemin et permirent de découvrir Confucius, Bouddha, la médecine, la  science, la musique, le théâtre jusqu’à l’érotisme de l’Empire du Milieu. Ce qui fit le miel des philosophes occidentaux (français, anglais, allemands…) qui furent atteints de sinophilie aiguë et créèrent la figure emblématique du « sage Chinois » jusqu’à la contre-offensive d’un Montesquieu, fustigeant dans l’Esprit des Lois, le manque de vertu d’un peuple habitué à obéir aux coups de bâton, suivi d’un Diderot, d’un Rousseau et d’autres. Il faudra attendre le début du XXe siècle avec des écrivains voyageurs comme Pierre Loti, Victor Segalen ou le diplomate Paul Claudel pour que de nouveau la Chine fasse rêver et Lucien Bodard, monstre sacré du journalisme de guerre, né au Yunnan, pour que naisse l’envie de suivre les traces des jésuites des XVI et XVIIe siècle, mais quel voyage !

I. Aubert

crédit photo © Compagnie de Jésus