L’exposition…
François Moulignat, conférencier Intermèdes, participe à l’organisation de l’exposition « Transes« du 16 juillet au 17 septembre 2011. L’exposition de l’été 2011 à Ventenac en Minervois se déroule dans un ancien chai au bord du Canal du Midi, et présente deux films documentaires historiques et trois vidéo d’artistes contemporains autour du thème de la transe.
Dans la transe les corps agissent : cris, danses, chant, extase. Ces actes sont associés à un état de conscience qui est une marque de l’humanité : ne pas se contenter d’être ce que l’on est, vouloir échapper à sa condition. Depuis la « mania » des grecs cette pratique s’est étendue autour du Bassin Méditerranéen, du Sud au Nord, du monde européen à l’arabo-musulman.
Au programme :
- « La taranta« , un film de 14 minutes, réalisé en 1960 par Gianfranco Mingozzi, avec l’ethnologue Ernesto de Martino. Le réalisateur montre avec une grande force poétique et plastique les femmes « tarentulées » mimant l’araignée dans certaines églises des Pouilles. Les femmes « tarentulées » s’identifient, grâce à la musique, à l’araignée qui est censée les avoir rendues malades. Elles font l’araignée: couchées sur le dos, en faisant plus ou moins complètement le pont en arrière, elles se déplacent en se servant de leurs membres comme de quatre pattes. Ce comportement a pour but de chasser le venin, d’exorciser le mal. Mais c’est aussi l’occasion de se comporter publiquement en hystérique, suivant un mode connu de tous, d’afficher (de se délivrer de) leur malheur intérieur. Cette socialisation de l’hystérie, par la musique et la danse, dans certaines églises du Sud de l’Italie, entraîne la transe du côté de la communication et de la théâtralité, elle devient spectacle.
- Un montage de fragments de films provenant du Rumi Institute de l’Université de Nicosie (Chypre), rares témoignages des séances de danse mystique des derviches tourneurs dans les années trente, avant leur interdiction.
- « Le souffle du récitant comme signe« , de Yazid Oulab (Marseille), artiste musulman et soufi, est une œuvre qui a été présentée entre autre au Centre Pompidou à Paris, dans le cadre de l’exposition « Traces du sacré« . Il construit avec beaucoup de délicatesse une œuvre métaphorique et contemplative qui unit le chant des soufis de Mostaganem récitant la troisième sourate ( »Marie ») du Coran, la danse des fumées d’encens et la sonorité d’une cloche tibétaine. C’est « Le souffle du récitant comme signe. » Ici aussi l’intention est spirituelle : « Le chant nous plonge dans une méditation profonde, la fumée quand à elle capture la vision et nous entraîne dans la contemplation de l’insaisissable. »
- « J’enrobe les mains » de Côme Mosta-Heirt, est une vidéo qui met en scène l’artiste dans une séquence hystérique. Cette vidéo expose aussi l’hystérie comme mise en scène du corps dans son trouble d’être : dans le silence, des mains d’homme aux ongles peints retiennent et déchirent la robe de satin jaune qui couvre le corps sans tête; le trouble naît de l’ambivalence sexuelle et de la dissimulation/du dévoilement du fantasme « plastiquement figuré ».
- « Maria Callas » d’Ange Leccia, est une vidéo qui a été présentée au musée Rodin lors d’une « Nuit des musées » et qui est prêtée par le MAC/VAL, musée d’art contemporain du Val de Marne. Ange Leccia a ralenti à l’extrême et monté en boucle le mouvement du visage de la chanteuse. Celui-ci se réduit à un clignotement hypnotique, à une pulsation muette et poétique. « Le moment porte la tension du chant à venir : la cantatrice se ressource, concentre son énergie et va reprendre un air que nous n’entendrons jamais. »(Isabelle Limousin). Cette « image-mouvement » exprime remarquablement cette évidence: le chanteur d’opéra est le dernier avatar du possédé. Sa « transe de possession lyrique » vise à la réalisation d’un besoin purement esthétique mais témoigne aussi que l’état de transe est un universel des sociétés humaines, quelque soit leur stade d’évolution. Face au malheur, au trouble d’être, à la conscience de son inaccomplissement l’effet cathartique de la transe trouve un relais dans l’effet de l’art. (F.M.)
Tous ces artistes s’inspirent ou utilisent les modalités de la transe. L’exposition est un lieu d’échos entre ces œuvres contemporaines et une pratique ancestrale particulièrement présente autour du bassin méditerranéen.
Un mot sur le lieu…
Ventenac en minervois est un village qui surplombe le canal du Midi, classé patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. L’association « La Pépinière à Ventenac » a pour but d’organiser des expositions d’art contemporain. Son bureau est composé de François Moulignat, de Joel Barguil et de Marie Basset. L’association dispose d’un ancien chai , un espace de 400 m² scandé d’arches monumentales, adapté pour recevoir des expositions temporaires.

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