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Bonnard « dans la lumière de la Méditerranée »

Lundi 5 septembre 2011

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C’est au Cannet, sur la Riviera !

Il fallait bien que la France dédie un musée à Pierre Bonnard ! C’est maintenant chose faite et bien faite. Inauguré le 25 juin 2011, en présence du ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, le Musée  Bonnard rend un hommage très élégant au maître de la couleur des XIX et XXèmes siècles, dans la gracieuse ville du Cannet où il séjourna plus de 20 années jusqu’à sa mort, en 1947.

La ville est charmante, le lieu à la fois désuet, logé dans une demeure Belle Époque, sobrement restaurée et très contemporain par la facilité d’accès et un accrochage bien étudié.

Ami de Manguin qui l’avait fait venir à Saint-Tropez dans les années 1910, il avait connu ce qu’il appela un « coup des Mille et Une Nuits », choc de la lumière à laquelle il s’attacha définitivement par la suite (quelques admirables toiles, vues du port de Saint-Tropez en témoignent). La visite est un régal, quelque 70 toiles avec l’immuable périmètre domestique allant de la baignoire à la salle à manger et au jardin vu de la fenêtre entr’ouverte. Marthe y est omniprésente…  Les paysages sont au delà des mots, arrivant presque à l’abstraction tant la lumière y est analysée, décomposée, éclatante comme dans l’incroyable « Ciel d’orage sur Cannes » où tout l’arc en ciel est concentré. On pense à ses amis Nabis, à Vuillard, à Sérusier: Comme eux, Bonnard est un intimiste. Les autoportraits rendent bien ce regard de myope qui lui donne l’air égaré voire mystérieux et révèlent l’homme qui cherche perpétuellement la perfection du rendu.

Il faut aller voir cette exposition inaugurale et par la suite la collection permanente. Le musée qui a reçu le soutien de nombreux musées au nombre desquels le musée d’Orsay, le centre Pompidou, le Met à New York et bénéficié de donations exceptionnelles des ayants droit de Bonnard et de son épouse et de prêts à long terme est le fruit de la bonne volonté de tous au service de la Culture.

I. Aubert

Crédit photo : Musée Bonnard - Le Cannet – Côte d’Azur © Tout droits réservés – 2011

A Venise, la Biennale bat son plein !

Lundi 11 juillet 2011

Venise

Depuis 1895 la biennale de Venise est une des manifestations artistiques internationales les plus prestigieuses. La cinquante quatrième édition fait le plein de pays représentés : 89, douze de plus qu’en 2009.

Certains pays comme le Zimbabwe, l’Inde ou l’Arabie Saoudite sont là pour la première fois apportant la preuve qu’il s’agit d’un engouement culturel mais aussi politique.
Elle met en avant l’art contemporain sous ses diverses expressions : l’art, la danse, le cinéma, le théâtre, l’architecture et la musique, et décerne tous les deux ans des récompenses, les Lions d’Or.

Depuis les années 1990, la manifestation vénitienne, grand-messe de l’art contemporain, redessine la carte géopolitique du moment. Aux grandes puissances d’Europe et d’Amérique qui forment le noyau originel de la Biennale, se sont régulièrement ajoutés les concurrents issus de pays émergents, donnant ainsi le spectacle d’un art méconnu sous la bannière de la cité des Doges, briguant le Lion d’Or comme à Cannes est désirée la Palme d’Or du cinéma.

La Biennale, c’est avant tout le rendez-vous du gotha international. Collectionneurs, galeristes, critiques d’art et directeurs de musée s’y retrouvent. « La puissance d’un État ne mesure plus aujourd’hui à la seule force de son armée, mais à l’image qu’il véhicule » et la culture en est un vecteur essentiel. Bien avant qu’existe la Biennale, il me semble que les Médicis, les Este et autres condottieri avaient ressenti le besoin de faire connaître leur grandeur par l’accumulation de collections d’art,  dans l’Italie du Nord de la Renaissance.

I. Aubert

Exposition « Transes »

Mercredi 1 juin 2011

L’exposition…

François Moulignat, conférencier Intermèdes, participe à l’organisation de l’exposition « Transes«  du 16 juillet au 17 septembre 2011. L’exposition de l’été 2011 à Ventenac en Minervois se déroule dans un ancien chai au bord du Canal du Midi, et présente deux films documentaires historiques et trois vidéo d’artistes contemporains autour du thème de la transe.

Dans la transe les corps agissent : cris, danses, chant, extase. Ces actes sont associés à un état de conscience qui est une marque de l’humanité : ne pas se contenter d’être ce que l’on est, vouloir échapper à sa condition. Depuis la « mania » des grecs cette pratique s’est étendue autour du Bassin Méditerranéen, du Sud au Nord, du monde européen à l’arabo-musulman.

Au programme :

- « La taranta« , un film de 14 minutes, réalisé en 1960 par Gianfranco Mingozzi, avec l’ethnologue Ernesto de Martino. Le réalisateur montre avec une grande force poétique et plastique les femmes « tarentulées » mimant l’araignée dans certaines églises des Pouilles. Les femmes « tarentulées » s’identifient, grâce à la musique, à l’araignée qui est censée les avoir rendues malades. Elles font l’araignée: couchées sur le dos, en faisant plus ou moins complètement le pont en arrière, elles se déplacent en se servant de leurs membres comme de quatre pattes. Ce comportement a pour but de chasser le venin, d’exorciser le mal. Mais c’est aussi l’occasion de se comporter publiquement en hystérique, suivant un mode connu de tous, d’afficher (de se délivrer de) leur malheur intérieur. Cette socialisation de l’hystérie, par la musique et la danse, dans certaines églises du Sud de l’Italie, entraîne la transe du côté de la communication et de la théâtralité, elle devient spectacle.

- Un montage de fragments de films provenant du Rumi Institute de l’Université de Nicosie (Chypre), rares témoignages des séances de danse mystique des derviches tourneurs dans les années trente, avant leur interdiction.

- « Le souffle du récitant comme signe« , de Yazid Oulab (Marseille), artiste musulman et soufi, est une œuvre qui a été présentée entre autre au Centre Pompidou à Paris, dans le cadre de l’exposition « Traces du sacré« . Il construit avec beaucoup de délicatesse une œuvre métaphorique et contemplative qui unit le chant des soufis de Mostaganem récitant la troisième sourate ( »Marie ») du Coran, la danse des fumées d’encens et la sonorité d’une cloche tibétaine. C’est « Le souffle du récitant comme signe. » Ici aussi l’intention est spirituelle : « Le chant nous plonge dans une méditation profonde, la fumée quand à elle capture la vision et nous entraîne dans la contemplation de l’insaisissable. »

- « J’enrobe les mains » de Côme Mosta-Heirt, est une vidéo qui met en scène l’artiste dans une séquence hystérique. Cette vidéo expose aussi l’hystérie comme mise en scène du corps dans son trouble d’être : dans le silence, des mains d’homme aux ongles peints retiennent et déchirent la robe de satin jaune qui couvre le corps sans tête; le trouble naît de l’ambivalence sexuelle et de la dissimulation/du dévoilement du fantasme « plastiquement figuré ».

- « Maria Callas » d’Ange Leccia, est une vidéo qui a été présentée au musée Rodin lors d’une « Nuit des musées » et qui est prêtée par le MAC/VAL, musée d’art contemporain du Val de Marne. Ange Leccia a ralenti à l’extrême et monté en boucle le mouvement du visage de la chanteuse. Celui-ci se réduit à un clignotement hypnotique, à une pulsation muette et poétique. « Le moment porte la tension du chant à venir : la cantatrice se ressource, concentre son énergie et va reprendre un air que nous n’entendrons jamais. »(Isabelle Limousin). Cette « image-mouvement » exprime remarquablement cette évidence: le chanteur d’opéra est le dernier avatar du possédé. Sa « transe de possession lyrique » vise à la réalisation d’un besoin purement esthétique mais témoigne aussi que l’état de transe est un universel des sociétés humaines, quelque soit leur stade d’évolution. Face au malheur, au trouble d’être, à la conscience de son inaccomplissement l’effet cathartique de la transe trouve un relais dans l’effet de l’art. (F.M.)

Tous ces artistes s’inspirent ou utilisent les modalités de la transe. L’exposition est un lieu d’échos entre ces œuvres contemporaines et une pratique ancestrale particulièrement présente autour du bassin méditerranéen.

Un mot sur le lieu…

Ventenac en minervois est un village qui surplombe le canal du Midi, classé patrimoine de l’humanité par l’UNESCO. L’association « La Pépinière à Ventenac » a pour but d’organiser des expositions d’art contemporain. Son bureau est composé de François Moulignat, de Joel Barguil et de Marie Basset. L’association dispose d’un ancien chai , un espace de 400 m² scandé d’arches monumentales, adapté pour recevoir des expositions temporaires.

canal du midi

www.images.ventenac.net

contact@ventenac.net

On reparle de Pierre Bonnard, au Musée des impressionnismes de Giverny

Jeudi 17 mars 2011

Pierre Bonnard - Fenêtre ouverte sur la Seine (Vernon)

Au moment où va être inauguré, au Cannet, le premier et le seul musée, en France, consacré à Pierre Bonnard qui vécut et mourut (en 1947) dans cette ville des Alpes-Maritimes, le Musée des impressionnismes de Giverny, va lui consacrer une exposition (1er avril / 3 juillet 2011) intitulée « Bonnard en Normandie ».

La peinture de Bonnard me réjouit comme peut réjouir la vision sereine d’un jardin harmonieux et calme. C’est que Bonnard est avant tout décorateur, ce qui lui permet la liberté, la fantaisie et l’irréalisme.

C’est à l’Académie Julian, où il étudie le dessin, qu’il fait la connaissance de Maurice Denis, un de ceux avec lesquels il formera le groupe des Nabis (prophètes en hébreu) au moment où  en littérature le Symbolisme fait fureur. Mais le peintre est trop ironique et modeste pour partager la sentimentalité et le mysticisme de Maurice Denis. Comme son ami, il simplifie la ligne et exalte la couleur, utilisée de façon arbitraire, préfère l’arabesque au modelé, néglige la perspective, serre la composition et amène les plans à la surface du tableau.

Il sait exprimer le pittoresque de la vie parisienne « 1900 », dans un mélange de cocasserie et de mélancolie. Le décor se fait intime et familier, tout comme dans les scènes d’intérieur, qui évoquent avec une subtile poésie les plaisirs et rêveries de la vie domestique. A partir de 1900, Bonnard multiplie les nus, où il donne une vision infinie de la variété des reflets de la lumière : c’est dans le nu que le peintre découvre progressivement le modelé, les reflets et la perspective, éclaircit sa palette et fait circuler l’air dans le tableau.
En 1912, il s’installe près de Giverny, où vit Claude Monet et découvre la peinture de paysages, d’abord prudemment par sa fenêtre, à la manière d’un Matisse, puis plus largement. Cependant il préfère toujours l’univers clos du jardin, qu’il dépeint dans de grandes compositions.

Les paysages de Bonnard traduisent une grande connivence entre l’homme et la nature. Quoique le sujet premier est bien d’entraîner le spectateur dans son émerveillement face à la nature, ses paysages sont toujours adoucis par une présence humaine : un toit de maison, un animal familier… C’est peut être pour cela que Bonnard fait partie de notre monde intime.

I. Aubert

Des expositions majeures de 2011 (France, Autriche, Angleterre)

Mercredi 26 janvier 2011

Un Balcon 1880, huile sur toile, 69 x 62 cm, collection privée Courtesy Comité Caillebotte, Paris

Un Balcon 1880, huile sur toile, 69 x 62 cm, collection privée Courtesy Comité Caillebotte, Paris
  • Lucas Cranach a fait la une des journaux avec l’acquisition que vient de réaliser le Musée du Louvre. Les amateurs de ce peintre majeur de la Renaissance germanique (1472/1553),  pourront profiter à partir du 9 février et jusqu’au 23 mai d’une exposition, au Musée du Luxembourg à Paris, intitulée « Cranach, ses grâces et ses rivaux ». Un art raffiné et révélateur de la vie de cour, en Saxe, au temps de Luther.
  • Du 23 février au 30 mai, la National Gallery de Londres va exposer un très grand nom de la peinture flamande de la Renaissance : Jan Gossaert, incontournable artiste des années 1500 appelé aussi Jean de Maubeuge et qui n’a pas bénéficié d’une grande exposition depuis 45 ans.
  • L’Invention du Paysage, 9 mars / 6 juin occupera une partie du Grand Palais, faisant voir comment, en partant de décor de fond, mettant en évidence une scène avec des personnages, la seule représentation de la nature est devenue l’objet à part entière d’un tableau. Un début pour l’art paysager qui a connu, depuis, un essor incomparable.
  • En avril il faudra aller au musée d’Orsay célébrer Manet (5 avril / 3juillet). Son Autoportrait à la Palette s’est vendu 27 millions en juin dernier, à Londres ! C’est un record pour ce peintre, tiraillé entre impressionnisme et esthétique classique à l’italienne ou même à l’espagnole (il y a du Goya chez Manet), comme on peut le voir dans son « Déjeuner sur l’Herbe »  ou son « Olympia ». L’exposition s’intitule « Manet, inventeur du Moderne » moi, je lui trouve aussi une tendance vers le Fauvisme, celui de Derain et Marquet.
  • Du 5 avril au 24 juillet le musée du Quai  Branly consacrera les 2000 m² de son rez-de-jardin aux « Dogons, maîtres sculpteurs ». Un kaléidoscope  de peuples avec leur vision du monde et leur histoire, que Paris va accueillir.
  • Beaubourg proposera du 25 mai au19 septembre, une exposition « Paris, Delhi, Bombay » qui instaurera un dialogue entre l’Inde et la France, sur le plan de l’Art, du Design, du Cinéma et de la Mode, avec des artistes confirmés.
  • Du 5 mars au 29 mai, le musée de Grenoble accueillera « Chagall et l’avant-garde russe ».
  • Tandis qu’à Bordeaux, la Galerie des Beaux-Arts, en l’honneur de 2011 : l’année du Mexique en France, présentera une exposition Diego Rivera, cubiste parisien et ami de Picasso, de 1909 à 1921, avec les peintres qui l’influencèrent comme Cézanne, Zuloaga, le Gréco, Sorolla et que l’on retrouvera en septembre avec sa muse, Frida Kahlo, à l’Orangerie des Tuileries, à Paris, en tant que  muraliste et peintre de fresques.
  • Le centre de la Vieille Charité, de Marseille, nous offrira, de fin mai à fin août, « L’Orientalisme en Europe de Delacroix à Matisse », de quoi nous faire rêver…

I. Aubert

Exposition à Florence « Bronzino. Peintre et poète à la cour des Médicis »

Lundi 8 novembre 2010

Palais Strozzi Florence_le blog de denis_flickr

DU 24 SEPTEMBRE 2010 AU 23 JANVIER 2011

AU PALAIS STROZZI DE FLORENCE

Encore une fois Florence fait parler d’elle ! Alors qu’une querelle l’oppose à l’état italien qui veut récupérer une partie du pécule que génère la visite du David de Michel Ange, elle propose, dans un de ses palais, une magnifique exposition sur celui qui se vit appeler « Il Bronzino » sans doute en raison de la couleur de sa peau…

Foyer originel de la Renaissance, Florence vit s’épanouir le Maniérisme : mouvement artistique du XVIe siècle qui vient bousculer l’idéal humaniste, à travers des œuvres à la symbolique complexe, à l’expressivité exacerbée, dont le goût prononcé pour des schémas et le mouvement annonce le Baroque. Figure emblématique de ce Maniérisme qu’il porte à son apogée à la cour des Médicis dont il est le peintre officiel, dans le sillage d’Andrea del Sarto, puis de Pontormo, Agnolo di Cosimo (1503- 1572), dit le Bronzino, est aujourd’hui célébré, en grande pompe, dans le cadre de l’exposition Bronzino, Artiste et Poète au Palais Strozzi.

Au XVIe siècle les termes «  maniériste  » et «  maniérisme  » n’existent pas. En revanche, le terme «  maniera  » apparaît dans le traité de Cennini (v. 1390) et chez Vasari (Le Vite), qui l’emploie pour parler du style d’un artiste ( » maniera  » de Giotto) et désigne par «  bella maniera  » les qualités de grâce, d’harmonie, d’imagination, de fantaisie et de virtuosité qui, selon lui, constituent l’apanage de la «  maniera moderna  », c’est-à-dire du style des artistes de son temps, qu’il juge supérieurs à tous les autres.

Quant au Palais Strozzi, c’est sans aucun doute l’une des plus grandes réalisations civiles de la Florence de la Renaissance. Superbe édifice et magnifique exemple de la puissance des familles florentines de cette époque. Commandé par Filippo Strozzi, le projet de Benedetto da Maiano fut complété ultérieurement par Simone Pollaiolo, dit « il Cronaca ». Ce quadrilatère à trois étages s’élève au milieu de la ville depuis le début du XVIe siècle. Il s’organise autour d’une cour qui suit le modèle de celle du palais Medici – Ricardi. La disposition, en deux parties complètement symétriques fut décidée par Filippo Strozzi, afin de servir de résidence à ses deux fils. La façade du palais symbolise le type même de l’architecture civile du Quattrocento, avec trois niveaux parfaitement délimités.

Il est donc important d’aller à Florence en cet automne 2010 pour rencontrer « en son fief » ce grand artiste du XVIe siècle qui nous montre, en quelque 50 tableaux animés de silhouettes élégantes, longilignes, plutôt froides, comme idéalisées,  un art raffiné emblématique de cette école qu’est le « maniérisme ».

I. Aubert

Trésor des Médicis au Musée Maillol à Paris

Lundi 4 octobre 2010

Florence

Amoureux de Florence et de la Toscane, courez !

Au XVe siècle, les Médicis innovent un nouveau mode de gloire : Faute de compter parmi les puissants condottieri, ils s’imposent comme banquiers. Novateurs, ils inventent la lettre de change. Leurs établissements se multiplient, ils en possèdent jusqu’à dix. Le plus important se trouve à Rome où les Médicis sont banquiers du pape.

Désormais la gloire de la famille ne s’obtiendra plus par les faits d’armes mais par la splendeur des collections ! Imprégnés de l’humanisme de la Renaissance, ils glorifient l’idéal du temps : « l’homme au centre de la création, le monde tourne autour de lui, la perfection est à sa portée. ». Tout commence avec Cosme l’Ancien lorsqu’en 1434, il attire à Florence artistes et scientifiques dans le but d’ouvrir une académie. Donatello lui prodigue ses conseils pour les choix de sa collection. Tout naturellement sa descendance poursuit son œuvre. La notion de « collection » vient de naître. Au début ils ne la montrent qu’à leurs hôtes de marque. Puis petit à petit ils l’ouvrent plus facilement et composent ainsi un musée universel qui réunit les plus belles œuvres de leurs contemporains : Léonard de Vinci, Benvenuto Cellini, Michel Ange, à l’origine leurs protégés.

Alors qu’aux yeux du monde, Florence a le statut de capitale des arts, un évènement d’importance va ébranler quelque peu sa suprématie : c’est l’élection à la papauté de prélats issus de la famille des Médicis : les artistes suivent les papes dans la ville éternelle, d’autant plus facilement que ceux-ci sont leurs mécènes.

Chacun des Médicis a ses préférences : Léon X, premier pape Médicis et second fils de Laurent est inconditionnel de Raphaël ; Clément VII protège Parmigianino, Sebastiano del Piombo mais surtout c’est lui qui commande à Michel Ange le Jugement Dernier pour la chapelle Sixtine, Cosme 1er, duc de Florence et grand duc de Toscane, par la faveur de Charles Quint, crée les Offices, s’approprie le Palais Pitti, y installe les jardins de Boboli et lance Benvenuto Cellini. C’est également lui qui fait entrer dans ses collections des objets d’arts premiers : masque de jade vert de la culture Téotihuacan, cuillers d’ivoire provenant du Bénin etc. Ferdinand 1er, quatrième fils de Cosme 1er est le fondateur de la Villa Médicis, à Rome, qu’il emplit de chefs d’œuvre. Il est passionné d’objets en pierre dure pour lesquels il crée une manufacture à Florence.

Et puis il y a Marie de Médicis, épouse de notre Henri IV qui fait appel à Rubens pour décorer son palais du Luxembourg et dont les toiles monumentales occupent une grande salle au Musée du Louvre. Cosme II, au tout début du XVIIe siècle protège Galilée qui donnera le nom d’ « astres médicéens » aux satellites gravitant autour de Jupiter. Jusqu’à la dernière des Médicis, Anne-Marie-Louise, morte en 1743 sans descendance, qui  fit don à l’état de Toscane de ses fastueuses collections à charge pour lui de les exposer à Florence et d’en ouvrir la visite au public.

L’exposition du Musée Maillol est un hymne à la gloire de la conscience éclairée des Médicis. C’est dans ces liens forts noués au fil de trois siècles et demi entre ces commanditaires  inspirés et ces artisans hissés au statut d’artistes qu’est née notre notion moderne de l’art et la subjectivité du Beau qui en émerge.

C’est Bruno Moinard qui met en scène  les collections dans le cadre inattendu du Musée Maillol plutôt orienté vers l’art moderne jusqu’à présent. Le pari n’en est que plus remarquable et la réussite … A vous de juger !

Musée Maillol – 61 rue de Grenelle Paris VIIe

Tous les jours de 10 à 19 heures

Nocturne le vendredi jusqu’à 21h30

Jusqu’au 31 janvier 2011

I. Aubert

Italie : obscur Caravage…

Mercredi 8 septembre 2010

CARAVAGIO

Peintre de génie, protégé pour son art par plusieurs cardinaux, un temps peintre officiel de l’Eglise, mais aussi délinquant récidiviste, Michelangelo Merisi dit Le Caravage est mort il y a tout juste 400 ans, en Toscane, à Porto Ercole.

Où est donc sa dépouille ? Comment est-il mort ? Incroyablement l’affaire continue à défrayer la chronique au point que l’on tente aujourd’hui  d’identifier ses restes. Bien sûr nous sommes en Italie, l’affaire est traitée, sous les flashs des photographes de presse et les caméras de télévision, sous forme de show, par un ancien présentateur de télé plutôt controversé.

Qu’importe, celui que l’on a surnommé « le peintre des peintres », est mort à 39 ans, en 1610. Reste à savoir dans quelles circonstances. La maladie est une possibilité et il faudra alors choisir entre le paludisme et la syphilis. Reste l’assassinat. De ce côté on peut penser à la vengeance de la famille de Ranuccio Tomassoni, l’homme qu’il avait embroché à Rome lors d’une rixe, il s’était également fait des ennemis chez les espagnols qu’il aimait provoquer, chez des membres de l’Ordre de Malte dont le grand maître Alof de Vignacourt, malgré la réalisation d’un magnifique portrait, se sentait bafoué à la suite de son évasion de la prison de l’Ordre. Mais encore…

Est-il besoin de s’acharner à découvrir ce qui a causé la mort de l’auteur de La Conversion de Saint Paul ou de La Diseuse de bonne aventure ? Le mystère n’ajoute t’il pas quelque chose à l’histoire de l’homme ?

Ce qu’il était nous est dit dans ses toiles qu’il ne signa jamais sauf une et avec son propre sang. Regardez bien, il se signale à nous dans plusieurs œuvres : Goliath décapité par David ? C’est lui. Le Jeune Bacchus malade ? C’est son autoportrait. L’homme qui brandit une lanterne au passage du Christ lors de son arrestation ? C’est encore lui. Sa vie comme ses toiles sont au comble du tourment. Jamais de sérénité, jamais de douceur, mais quelle technique, quelle perfection, quelle justesse dans le choix des lumières et des couleurs ! Pense-t-il expier en faisant de chaque tableau un acte de contrition ? Sa foi s’impose à nous au-delà du choix des thèmes, dans la réalisation elle-même. Cette opposition entre le bien et le mal, le beau et le laid, les ténèbres et la lumière l’ont rongé tout au long de sa courte vie, il l’affiche et il convient de se satisfaire de ce que nous savons faute de connaître le mystère de sa fin.

I. Aubert

(Crédit photo : Agenda)