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Pour mieux comprendre l’Inde des maharajas

Mercredi 15 février 2012

Fort de Sheesh Mahal - Jaipur

Après le sac de la ville de Delhi par le Mongol, Timur le Boîteux, bien connu sous le nom de Tamerlan, en 1399, les envahisseurs afghans venus du Sind et du Pendjab firent appel à Baber, dit le Tigre, qui était un descendant de Tamerlan par son père et de Gengis Khan par sa mère. Grâce à ses canons, inconnus en Inde à cette époque et avec huit mille hommes du sultan Ibrahim, Baber gagna la bataille de Panipat, au nord de Delhi. C’est ainsi qu’en avril 1526 naquit un nouvel empire indien, celui des Moghols. Ce fut ensuite le règne d’Humayun et enfin d’Akbar, son fils, un empereur digne de ce nom, qui gouverna près de cinquante années, de 1556 à 1605. Ce nom on l’entend souvent lors d’un circuit culturel au Rajasthan lorsqu’on arrive, ébloui, devant l’intemporel Taj Mahal, à Agra.

L’Histoire de cette partie de l’Inde est parsemée de termes qui, pendant des siècles, ont alimenté les rêves de l’Occident. Par exemple Maharaja signifie grand roi, appellation qui est apparue au 1er siècle aux confins du Rajasthan et du Pakistan. Le Rajasthan c’est le « pays des rois », le berceau des rajpoutes, qui sont eux-mêmes les « fils de rois », trente-six clans de la caste militaire des kshatrias d’où les maharajas sont issus. Quant aux rajpoutes, ils sont le produit des grandes invasions antiques. Dans leurs veines coule le sang des Huns, des Scythes et aussi celui des dieux (innombrables) du panthéon hindouiste, tout simplement ! Et les brahmanes alors ? Ce sont les membres de la caste sacerdotale, ils occupent toujours la plupart des postes supérieurs des universités et de l’administration. Ils ont tendance à voir dans les rajpoutes les défenseurs de l’Hindouité. Régnant sur les castes inférieures des paysans et des marchands, ils forment une féodalité qui rappelle celle de la lointaine Europe. Leurs châteaux forts, ou garh quadrillent le Rajasthan. Ils ont une chanson de geste, le mahabharata, poème épique de 100.000 vers, un code d’honneur qui ne laisse pas place à la démission  ni au renoncement.

Qui ou quoi en viendra à bout ? Tout comme la baignoire romaine avait soumis le guerrier gaulois, le luxe, le faste et le goût du superflu, dans la droite ligne de leurs homologues versaillais, au XVIIIe siècle, envahissent les garh et transforment les fiers Moghols en courtisans entichés de mode à la turque ou à l’européenne. Les harems deviennent fastueux et, la domination britannique au milieu du XIXe siècle, aura la plus grande facilité à leur faire jouer le rôle de gouverneurs coloniaux, en attisant leur goût du luxe et la jalousie obsessionnelle qui les anime. L’influence des anglais dura près d’un siècle, jusqu’en 1947, date à laquelle l’Inde accède à l’Indépendance et qu’est créé l’état du Rajasthan.

Et après ? L’exemple fut donné par le Marharaja de Jaipur, celui-là même qui trouva la mort dans un championnat de polo, en 1970 : il transforma son palais du Rambagh, en hôtel de luxe, pour le plus grand plaisir des voyageurs et fut très vite suivi par d’autres. A nous, l’espace d’une nuit, le sortilège  d’un rêve de marbre blanc…

I. Aubert

Le métro de Moscou

Mercredi 23 novembre 2011

Métro de Moscou

Avec un réseau ultraperformant, le métro de Moscou est la meilleure solution pour se déplacer dans la ville en se moquant des embouteillages qui atteignent l’asphyxie totale à certains moments. Mais en outre, le métro moscovite a de nombreuses qualités : il est propre, entretenu de telle sorte qu’il ne tombe pas en panne, il est pratique, il fait face aux heures de pointe, ses escaliers mécaniques sont toujours opérationnels et, cerise sur le gâteau, il coûte moitié moins cher que celui de Paris. Ah, j’allais oublier, il n’est  jamais en grève ! Usagers parisiens rêvons…

C’est le « palais du peuple » et, bien sûr la vitrine du socialisme. Ses premières rames datent de 1935. Les meilleurs artistes l’ont décoré, le résultat est incroyable : espaces immenses couverts de mosaïques, majoliques, marbre… éclairés par des lustres et des appliques comme on en voit dans les couloirs d’un théâtre. D’immense tableaux décoratifs évoquent la vie agricole, la vie ouvrière, des allégories à la soviétique font référence aux héros du communisme : gardes rouges, sportifs, marins, vie familiale…

Dans les meilleures conditions possibles, le métro de Moscou achemine les moscovites et les touristes avisés au cœur de la ville, de la place Rouge au Kremlin ou au Bolchoï, de la galerie Trétiakov au Goum du musée Roublev au musée Pouchkine. Vive le métro de Moscou !

I. Aubert

De Moscou à Pékin, le Transsibérien sinon rien ! A bord de l’Or des Tsars

Lundi 7 novembre 2011

photo

Comment, en 2012, où le citadin n’a le temps de rien, où l’on confond de façon permanente vitesse et précipitation, où la vie quotidienne se vit en résumé, où tous les déplacements se font en avion pour être plus vite à pied d’œuvre, ignorant de toute évidence les territoires traversés, comment ne pas avoir envie de prendre le temps de perdre du temps ? Comment ne pas applaudir à l’idée de rêvasser, confortablement installé sur le velours cramoisi d’un compartiment tandis que dans le couloir fume le samovar et que s’ébranle le Transsibérien, attaquant le plus long voyage du monde sur rail à une vitesse moyenne de 60km par heure ?

Se laisser envahir par la littérature d’Albert Londres, Agatha Christie, Maurice Dekobra, ou les images de Sydney Lumet, Alfred Hitchcock et d’autres… Regarder, réfléchir, méditer, penser, converser, partager, laisser, avec jubilation, les heures s’égrener : le voilà le luxe pour ce nouveau millénaire !

Je suis prête à y souscrire et j’imagine même qu’ayant parcouru le trajet dans un sens, on doit avoir envie de le faire à l’envers ! A condition, toutefois, de passer au moins 24 heures à Moscou pour commencer. Le théâtre du Bolchoï est rouvert et la ville affiche une ébullition permanente qui prépare bien au calme qui va suivre.

theatre du bolchoi - D. Meillieux_flickr

Se souvient-on que le train fut construit sur  l’ordre du tsar Alexandre III pour relier l’occident à l’orient à travers les forêts de bouleaux de la taïga et l’immensité des steppes ? C’est à un  « Western de l’Est » que l’on est convié, sur les traces de Michel Strogoff, Dostoievsky, Lénine ou Staline !

Le luxe dans la décoration des  wagons de « l’Or des Tsars », le service d’un autre temps, propulse le voyageur dans une époque romanesque et fait revivre l’art de voyager du début du XXe siècle en permettant d’évoquer le temps où pour se déplacer dans ces régions il fallait affronter outre les brigands, une nature  particulièrement hostile : blizzard, inondations, brouillard, froid intense, les attaques de loups sans oublier la distance interminable du trajet.

Cab Nost Conf

Il a fallu trente années d’études et de recherches avant le lancement de cette formidable aventure technique et humaine pour aboutir à cette « merveille des temps modernes », quel confort de traverser sereinement les paysages de ce morceau d’univers.

I. Aubert

Crédit photo : D. Meillieux_flickr

♦ Intermèdes propose une croisière ferroviaire de 16 jours sur le Transsibérien à bord de l’Or des Tsars du 28 juin 2012 au 13 juillet 2012 : voir le programme détaillé du voyage

Ce voyage est accompagné par Marie-Edith de la Fournière, diplômée d’Histoire et d’Art plastique. Une conférence intitulée « De Moscou à Pékin : le Transsibérien » aura lieu le 23 novembre 2011 à Paris de 17:00 à 19:00.

MOSCOU : Vive le Bolchoï Nouveau ! Le plus grand théâtre d’Europe.

Lundi 24 octobre 2011

theatre du bolchoi - D. Meillieux_flickr

235 ans d’existence pour cette fierté nationale avec des moments de gloire inoubliables mais aussi des plongées aux enfers, le tout avait rendu l’ensemble plus que fragile : au bord de l’écroulement.

A l’image de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, le théâtre du Bolchoï dépend directement de la présidence de la Russie. Résultat : un chantier de six années, trois mille ouvriers et artisans, on n’en voyait pas la fin ! Mais, avec deux scènes, des machineries rénovées, l’électronique, l’électricité… en un mot c’est la structure entière du bâtiment qui a été refaite. Il avait été, tout comme l’Opéra Garnier, construit sur une zone marécageuse mais à la suite du détournement de la rivière, les piliers qui le soutenaient se sont abîmés. Les structures renforcées, l’aigle à deux têtes, symbole du croisement entre l’Orient et l’Occident, figure de nouveau à son fronton. A l’intérieur, c’est une symphonie de velours cramoisi, de dorures et de passementerie tissée de fils d’or,  des loges avec salon privé, splendeurs d’un autre temps, mais pour les Moscovites rien n’est trop beau. Ici, comme avant, c’est la tradition de la danse qui prime sur le lyrique alors qu’en Europe occidentale c’est le contraire.

Le 28 octobre la soirée d’ouverture sera retransmise sur de nombreuses chaînes télévisées dont Arte, en léger différé, suivie d’un documentaire passionnant. Ce sera un hymne à la musique russe, chanté à la fois par les artistes du Bolchoï mais aussi  Nathalie Dessay, Angela Gheorgiu, Placido Domingo…  A ne surtout pas manquer.

I. Aubert

Crédit photo : D. Meillieux_flickr

Toutes les fées se sont penchées sur les Marches, terre dotée s’il en est !

Mardi 23 août 2011

Urbino - Palazzo Ducale e Duomo

Aussi bien par son apparence de vertes collines « à la Toscane » qui s’inclinent vers l’Adriatique,  avec 180 km de plages, que par les cimes de ses montagnes, protégées par deux parcs nationaux, la région des Marches est inoubliable et offre en outre, un condensé de villes d’art éblouissantes, présentant l’ensemble le plus riche qui puisse être, en musées, pinacothèques, bibliothèques, théâtres, etc. On y trouve la plus forte densité d’opéras de toute l’Italie : imaginez, 239 communes et 140 théâtres lyriques ! Les villes, majoritairement situées sur le littoral, sont de véritables trésors d’archéologie.

Au nord, Urbino (en photo), patrie du peintre Raphaël, émaillée de trésors de la Renaissance, rappelle une petite Florence sans les hordes de touristes. Elle fut possession d’un mécène éclairé, un condottiere, au XVe siècle, le duc Frédéric III, à la cour duquel vivaient architectes, mathématiciens, peintres comme Paolo Ucello et Piero della Francesca. Sa bibliothèque et son cabinet de travail, l’incroyable studiolo, couvert de boiseries marquetées que l’on visite au palais ducal, montrent son engouement pour la culture. Et aussi Recanati, ville du poète romantique Giacomo Leopardi. Macerata, qui s’enorgueillit de posséder le plus vieille université d’Italie, Fermo, perchée sur une colline, ancienne colonie romaine,  paisible et sereine, invite à la visite de son palais des Prieurs où l’une des vingt plus belles bibliothèques d’Italie nous parlera du pape Sixte V. Vous apprécierez les gracieux palais Renaissance de Jesi, la « Milan des Marches », patrie de Pergolèse et serez éblouis, dans la galerie rococo du palais Pianetti, par cinq chefs-d’œuvre de Lorenzo Lotto. Ascoli Piceno, tout au sud le la province, entièrement construite en travertin, est un régal pour les yeux avec sa piazza del Popolo, une des plus belles d’Italie, que fait dorer le soleil sur ses murs et un régal pour le palais avec des spécialités culinaires comme les olives all’ascolana ou les fritures de tous genres. Pesaro, ville natale de Rossini où chaque été, depuis 1980, un festival de renommée internationale attire un public fidèle de français, d’allemands et de japonais.

Si les Marches détiennent de nombreux records quant au patrimoine artistique, la région possède aussi celui de compter le plus grand nombre de centenaires de toute l’Italie ! Pourquoi ? Qualité de vie, bien-être, absence de stress… En tous cas la province de Pesaro vient de créer le premier « Festival du Bonheur » avec, en ouverture, un spectacle de l’immense acteur et réalisateur, Roberto Benigni, passé maître dans l’art de cultiver cette valeur rare.

I. Aubert

Crédit photo : ENIT

Guimarães, capitale européenne de la culture en 2012

Mercredi 3 août 2011

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Au nord du Portugal, à 50 km de Porto, Guimarães est une belle cité médiévale et le berceau du royaume. La restauration de son centre historique lui a valu d’être classée, dès 2001, au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle ambitionne maintenant un rôle culturel dans l’Europe de 2012, faisant foi d’un passé qui s’est signalé dès le XIe siècle pour avoir été le berceau des souverains portugais. On y retrouve Henri de Bourgogne et son épouse, la princesse Thérèse qui donne le jour à Alphonse Henriquès, en 1110, lequel succède à son père en 1112 à la suite d’une rude bataille menée contre la régente, sa mère. Il est proclamé roi du Portugal par ses troupes et par son cousin Alphonse VII, roi de Léon et de Castille. La ville est pleine de charme et mérite une visite dans le dédale des rues reliant des places bordées de maisons anciennes en granit. Le musée, réaménagé en 2004, dans des bâtiments romans conventuels du XIIIe siècle, l’église Sao Francisco, le Château, le palais des ducs de Bragance, du XVe siècle : Tout y est harmonie et gageons que cette nouvelle consécration la rendra encore plus attirante et harmonieuse.

I. Aubert

A Java, pluralité des religions et de l’art, au cœur du Pacifique

Jeudi 21 juillet 2011

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La plupart des volcans de l’île de Java sont heureusement plutôt tranquilles et fertilisent la terre. A Yogyakarta, l’immense ville-palais du sultan qu’on appelle le « Kraton », présente des bains royaux   sous lesquels une mosquée troglodytique est enchâssée : Java est en majorité musulmane. Avant l’émergence de l’islam, elle pratiquait une religion basée sur un art de vivre spirituel, le kejawen, sorte de culte de l’harmonie. On honore toujours les banyans, ces arbres géants qui symbolisent la nature et la vie et on respecte les autres religions (bouddhiste et chrétienne). A une quinzaine de kilomètres de Yogyakarta, Prambanan, rassemble quelque 220 temples hindouistes, disséminés dans une prairie, trente kilomètres plus loin, vous êtes à Borobudur et découvrez le plus grand stupa du monde élevé en 800, et redécouvert en 1814, en le dégageant de la jungle.

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L’île mère de l’Indonésie nourrit, à l’ombre de ses volcans, une incroyable effervescence artistique qui a fait de Yogyakarta la « ruche » de Java et un musée à ciel ouvert tant l’art contemporain s’imbrique dans le chaos bon enfant de la rue, à grand renfort de peintures et de tags, sur les murs et les devantures.

Si vous souhaitez un avant goût de cet art, l’espace culturel Louis Vuitton, à Paris, expose, jusqu’au 23 octobre 2011, onze artistes javanais contemporains, ouvrant la porte, à travers sculptures, dessins, vidéos, sur les traditions musicales, la spiritualité et l’histoire de l’île.

I. Aubert

Cordoue s’éveille

Mardi 5 juillet 2011

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Un pont romain, deux fois millénaire, enjambe le fleuve et conduit à une vaste place de la capitale historique de l’Andalousie. Cordoue qui semblait figée dans un passé où elle fut, il y a mille ans, la ville la plus peuplée d’Europe et la deuxième ville du monde islamique, après Bagdad, s’éveille au XXIe  siècle et offrira, sous peu, un beau musée d’histoire dont la façade au design futuriste semble anachronique dans le décor arabo-andalous jalousement préservé. La ville d’Averroès ne se résume plus à la seule mezquita, la plus belle mosquée d’Occident avec 19 nefs et 850 colonnes de granit, jaspe et marbres précieux, elle va de l’avant et compte bien être « Capitale européenne de la culture en 2016 ».


Après les Arabes, l’Histoire a continué et l’Andalousie s’est tournée vers la Chrétienté en 1236. la médina Al-Zahra prête alors ses fondations à un Alcazar qui laisse des ruines au milieu de jardins envahis de roses, d’orangers et de fontaines. Les rues de la vieille ville avec les patios fleuris, les églises, les terrasses de cafés offrent un territoire familier où il fait bon se promener en glissant doucement vers le Guadalquivir, fleuve dont le nom a des accents dansants et au bord duquel se tenaient les tanneries qui ont fait de Cordoue la capitale du cuir repoussé. Il faut impérativement visiter Cordoue…

I. Aubert