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Matteo Ricci, Giuseppe Castiglione et les autres pères Jésuites en Chine

Vendredi 3 février 2012

matteo ricci

Il faisait froid à Pékin, en février 2003, lorsque j’effectuai un séjour culturel dans la capitale de la Chine. Le prétexte en était de revenir sur les traces qu’ont laissées les pères jésuites et, en particulier, l’italien Matteo Ricci qui vécut à la cour des Ming de 1601 à 1610, date de sa mort. Il avait son tombeau, près de la place Tian’anmen.

Il s’agit d’une belle aventure. Les premières tentatives d’évangélisation de la Chine remontent au Ve siècle, lorsqu’une communauté hérétique de l’église de Byzance, les nestoriens, se répand à travers l’Asie. Du VII au IXe siècle et ensuite sous la domination mongole, des tribus entières et même un prince, khan Kitan, acceptent de se convertir. C’est à ce moment que se situe la légende du « royaume du prêtre Jean » dont on parla beaucoup au Moyen-âge et qui fit rêver d’un éden dont on ne réussit jamais vraiment à trouver trace : « Au-delà de la Perse et de l’Arménie, s’étend un merveilleux royaume dirigé par le Prêtre Jean… » À l’époque des croisades, le mythe du prêtre Jean avait pris de l’ampleur parce qu’on caressait l’idée que ce prêtre-roi pourrait devenir un soutien potentiel de l’Europe contre les musulmans.

Au début du XVIe siècle, François de Xavier, l’évangélisateur de l’Asie, en compagnie d’Ignace de Loyola avec qui il avait participé à la création de la Compagnie de Jésus, débarque à Goa, alors possession portugaise, où il réalise un certain nombre de conversions. De Goa il se rend à Taiwan puis à Malacca et enfin au Japon.  Il meurt de maladie, sur l’île de Sancian, en tentant de rejoindre Macao.

C’est en 1582 que Matteo Ricci arrive à Macao croisant ainsi le destin de Saint-François de Xavier. Il attend l’autorisation d’entrer à Canton et s’installe à Zhaoqing avec son compagnon Michele Ruggieri. Il parvient à entrer en contact avec des mandarins grâce à ses grandes connaissances en mathématiques, en astronomie et en horlogerie. Il reste dix-huit ans dans le sud de la Chine, s’habillant d’abord comme les moines bouddhistes, puis adoptant, par la suite, la tenue des Lettrés. Il étudie la langue des mandarins qu’il parle très vite couramment.

A cette époque, La France et les pays voisins, l’Italie surtout avec qui les échanges étaient constants, vivaient la période féconde et passionnante de la Renaissance dans l’art et l’art de vivre.  De ces connaissances nouvelles, les jésuites, qui n’apportaient pas seulement les instruments du culte catholique, véhiculèrent la culture humaniste et la science que des savants comme Copernic et Galilée et plus tard Newton, faisaient avancer à grandes enjambées. Matteo Ricci était arrivé, quant à lui, porteur d’une épinette, d’une mappemonde et de deux horloges à sonnerie qui fascinèrent les savants chinois et même leur Empereur, Wanli, de la dynastie des Ming, celui-là même qui invita le père Jésuite à demeurer dans la Cité interdire et qui autorisa sa sépulture tout près de là. Ricci est le premier missionnaire chrétien des temps modernes, et premier Occidental, à avoir été aussi proche de l’empereur.

Avant lui des missionnaires franciscains et des marchands occidentaux. avaient emprunté à l’Empire du Milieu une part de son imagerie utilisée par des peintres flamands comme Brueghel ou Bosch pour décrire l’enfer à grand renfort de monstres et de dragons, ainsi que d’autres thèmes décoratifs qu’utilisèrent certains peintres siennois. L’’échange cette fois fut plus fructueux et l’on est en droit de se demander si le plus grand apport fut de l’Europe vers la Chine ou, tout au contraire, si les européens ne s’en trouvèrent pas fortement sinisés, comme on peut le constater lorsqu’à la fin du XVIIe siècle et tout au long du XVIIIe, les « chinoiseries » envahirent la mode et la décoration des châteaux. En réalité, chacune des deux civilisations en présence étaient persuadées de sa supériorité. Dans son sacerdoce, Matteo Ricci faisait la part des choses en permettant que certains rituels confucéens soient intégrés à la religion qu’il prêchait et, en particulier, ceux qui étaient liés au Culte des ancêtres. Il devait être difficile, arrivant avec des notions de « Révélation » divine, impalpable et indiscutable, d’imposer un message aussi complètement déconnecté de la pensée chinoise de ce temps. Hélas, poussée par  les franciscains et les dominicains qui dénonçaient ces « hérésies » auprès de Rome, se leva la fameuse « Querelle des rites » qui dura près de deux siècles et mit un coup d’arrêt à l’évangélisation de la Chine. Toutefois, les liens d’amitié qui unissaient certains empereurs de la dynastie des Qing, essentiellement Qianlong qui régna soixante ans de 1736 à 1796, perdurèrent. Le père Giuseppe Castiglione se vit confier, par l’empereur, la construction d’une centaine de pavillons de style baroque, dans le « parc de la perfection et de la clarté » du Palais d’Eté (malheureusement détruits lors du sac du palais d’été) et aussi de peintures de cour qui firent merveille…

En Europe et plus particulièrement en France, les nombreux rapports que les Jésuites envoyaient à leur hiérarchie vantant l’intelligence, la capacité et l’industrie des Chinois, firent leur chemin et permirent de découvrir Confucius, Bouddha, la médecine, la  science, la musique, le théâtre jusqu’à l’érotisme de l’Empire du Milieu. Ce qui fit le miel des philosophes occidentaux (français, anglais, allemands…) qui furent atteints de sinophilie aiguë et créèrent la figure emblématique du « sage Chinois » jusqu’à la contre-offensive d’un Montesquieu, fustigeant dans l’Esprit des Lois, le manque de vertu d’un peuple habitué à obéir aux coups de bâton, suivi d’un Diderot, d’un Rousseau et d’autres. Il faudra attendre le début du XXe siècle avec des écrivains voyageurs comme Pierre Loti, Victor Segalen ou le diplomate Paul Claudel pour que de nouveau la Chine fasse rêver et Lucien Bodard, monstre sacré du journalisme de guerre, né au Yunnan, pour que naisse l’envie de suivre les traces des jésuites des XVI et XVIIe siècle, mais quel voyage !

I. Aubert

crédit photo © Compagnie de Jésus

Les Borghèse et l’Antique

Samedi 28 janvier 2012

De Paris à Rome, exposition à la Galerie Borghèse

Ou comment les collections d’antiquités des Borghèse sont arrivées au musée du Louvre

8 décembre 2011 / 9 avril 2012

Galerie Borghèse_flickr_Corregeio

Il s’agit d’un évènement unique qui a son histoire. Soixante cinq œuvres sont déplacées du Louvre pour leur faire retrouver leur place d’origine dans la villa de la famille Borghèse, à Rome. Par exemple, seront de retour, l’Hermaphrodite restauré par Le Bernin en 1619, Sénèque mourant, les muses du IIe siècle de notre ère, et bien d’autres, pour retrouver la collection créée au XVIIe siècle par Scipion, neveu du Pape Paul V, conçue comme un « théâtre de l’univers avec tous les plaisirs de la vie. »

L’histoire est la suivante et se déroule pendant le règne de Napoléon 1er. Camille Borghèse était devenu le beau-frère du 1er Consul en épousant sa sœur, Pauline Bonaparte, le 5 novembre 1803. « La renommée de sa famille, l’importance et la  beauté des immeubles possédés à Rome et à Florence, la grandeur des domaines détenus dans les États Romains, le royaume de Naples et en Toscane, les alliances matrimoniales faisaient de lui un des premiers patriciens d’Italie. Il était, en outre, le possesseur d’une célèbre collection d’antiques. »

Son père, Marc-Antoine Borghèse avait aménagé à grands frais le casino de sa villa hors-les-murs, située entre la porte Pinciana et celle du Peuple pour y loger ce bel ensemble de statues et de bas-reliefs. 154 statues en pied, 170 reliefs, 160 bustes, 30 colonnes, etc. Mais heureusement, les peintures furent épargnées, elles forment précisément l’actuelle Galerie Borghèse. Pourquoi avoir vendu ces marbres ? Tout simplement à cause des difficultés de trésorerie de la famille. Entre 1796 et 1799, les Borghèse avaient dû payer 60.000 écus à Pie VI pour les armements, 36.000 aux Français pour un emprunt forcé, payer plusieurs contributions à la République Romaine dont une de 100.000 sequins… Marc-Antoine se mit donc à vendre ici son magnifique ensemble de vermeil, là son argenterie. La dot de Pauline n’avait rapporté à Camille que 500.000 francs, or elle exigeait, pour ses dépenses de toilette 20.000 francs chaque année. Pour se libérer de ses dettes, Camille envisagea la cession de sa collection à l’Empereur. Celui-ci  fit évaluer les chefs d’œuvre par Messieurs Denon et Visconti. A cet achat, Napoléon voyait un double avantage : sortir de la peine un membre de sa famille et d’autre part augmenter le nombre d’œuvres d’art dont il jugeait indispensable d’orner les palais et les musées de sa capitale. Denon était alors directeur du musée Napoléon, il fut un conseiller très écouté. En fait, il jubilait de voir rassemblés l’Hercule Farnèse, le gladiateur Borghèse, l’Apollino de Florence. A cela s’ajoutait, en provenance de Naples, à la suite de la chute des Bourbons, des marbres de la collection Farnèse. La seule évaluation chiffrée de cette acquisition, nous vient d’une lettre de Denon à l’Empereur, datée du 22 mai 1806, estimant à 5 millions la valeur marchande de la collection mais proposant de la payer le double. Quant à Visconti, il en avait établi le catalogue avec gravures en trois volumes. Fixé en France depuis 1799, il exerçait les fonctions de conservateur des Antiques du musée Napoléon. Le décret d’achat ne fut signé que quinze mois plus tard, le 27 septembre 1807, le montant était passé de 10 à 12 puis 13 millions. Entre temps, Napoléon avait dû s’occuper de la guerre contre la Prusse et la Russie. Dominique Vivant Denon est devenu par la suite le premier directeur du Musée du Louvre. Aujourd’hui, le Louvre prête à la Galerie Borghèse des « antiques » qui par la même occasion se retrouvent dans leur palais d’origine.

I. Aubert

Le 23 janvier 2012, jour de l’an chinois, s’ouvre l’année du Dragon d’eau noir.

Lundi 23 janvier 2012

Nouvel an chinois - Danse du dragon

En Chine, chaque année est placée sous l’emblème d’un des douze animaux de son astrologie. Or la Chine est le pays des symboles par excellence et les chiffres jouent un rôle particulier dans cette symbolique. Par exemple quatre animaux pour quatre orientations, quatre plantes pour les quatre saisons de l’année, huit objets précieux, neuf dragons pour exprimer le pouvoir absolu, douze fleurs pour les douze mois de l’année. La numérologie n’a rien d’anecdotique, on en suit la trace dans le « Livre des mutations » en partie composé sous les Zhou occidentaux (entre 1066 et 771 avant J.-C.)
Donc le mur paravent des Neuf Dragons de la Cité Interdite de Pékin ou Beijing s’entrouvrira le 23 janvier à 07H00 (heure solaire) et se fermera le 9 février 2013 à 09H00 pour laisser place à l’année du serpent d’eau.

mur des 9 dragons - pékin_ cité interdite

A quoi ressemble ce dragon ? Il est terrifiant dans sa représentation qui ne souffre guère de fantaisies car en Chine, toute représentation fait appel aux symboles liés au sujet. Donc, il s’agit d’un être composite qui porte deux cornes ressemblant à la pousse des bois d’un cerf, avec la tête d’un chameau, des yeux de salamandre, un cou de serpent, son  ventre ressemble à celui d’un crapaud, il est recouvert d’écailles comme une carpe, ses griffes sont comme les serres d’un hibou ou d’un aigle, les pattes sont d’un tigre et les oreilles d’un taureau. En tout neuf éléments : le chiffre du Yang absolu. Sachant qu’il « représente tout à la fois, l’unité et la multitude, comme la fameuse science universelle que voulait instaurer Descartes, le sacré et le profane, l’éveil ou l’inconscience et qu’il est né sous le signe de la chance, il n’a pas tendance à faire dans la discrétion ». Le dragon est le symbole impérial par excellence, il incarne la force, l’intelligence et la fortune.
En tant qu’emblème de la Chine et des Chinois ceux-ci lui rendent bien des honneurs et, dès qu’ils en ont la possibilité, n’hésitent pas à faire savoir au monde entier que les affaires sont prospères. Il dépense donc son énergie sans compter, même et surtout si les résultats ne sont pas tout à fait à la hauteur de ses ambitions. Le Dragon veut tout simplement devenir le Maître du Monde ! Il est capable de voler, de nager, de courir, de changer de taille et de couleur.  En un mot comme en cent, il en fait un peu trop le Dragon. Il en fait tellement et en rajoute encore qu’il ne risque pas de passer inaperçu. Hormis tous ces défauts, qui n’ont d’égales que ses qualités, quand il demeure sur terre c’est un compagnon charmant qui apporte la réussite dans pas mal d’entreprises car il peut se montrer inventif, tenace et directif surtout s’il sent que son intérêt est en cause. Quand il domine l’année zodiacale, il lui insuffle une formidable énergie et la destinée des garçons nés sous ce signe est réputée brillante. A ce sujet les maternités de Pékin sont déjà saturées de réservations jusqu’en septembre 2012 !
Lors de sa séance de vœux, samedi 21 janvier 2012, le Premier ministre, Wen Jiabao a annoncé que cette année devrait apporter à la nation davantage d’aisance dans la vie de tous les jours, plutôt que de continuer à jouer la carte d’une expansion  dévorante qui  ne faisait pas la part belle au peuple.
Sous de tels auspices, l’année 2012 offre une belle opportunité d’aller voir Pékin et sa Cité interdite, véritable point focal de l’Empire du Milieu où les bâtiments orientés du sud au nord bénéficient des bienfaits du principe Yang et portent des noms qui sont des invitations au voyage comme le palais de l’Harmonie Suprême, le palais de la Pureté céleste, le palais de la Nourriture du cœur ou celui des Élégances accumulées à moins que vous ne préfériez le palais de l’Eternel printemps… A grand renfort d’images et de symboles, la Chine présente un monde de sortilèges,  où toute architecture, tout paysage, tout objet porte une part de suggestions qui, puisant dans un passé d’une richesse inouïe, nourrit notre imaginaire.

I. Aubert

Partez pour une Escapade à Pékin du 14 au 20 avril 2012.

Pacifique Norvège

Lundi 9 janvier 2012

Lofoten islands

Quel est le pays qui n’a jamais, au cours de son histoire, été en conflit avec la France ?

Quel est pourtant le peuple, doué d’une force de frappe redoutable, qui, au IXe siècle remonte la Seine jusqu’à Paris ?

Qui signe, en 911, avec Charles le Simple, le traité de Saint-Clair-sur-Epte qui attribue la Normandie au duc Rollon ? Ce peuple dont le nom se prononce « nurman » dans sa langue ?

La Norvège, bien sûr ! Le pays dont nous sommes si proches et qui a donné des noms norvégiens à des villages normands !  Ses habitants, évangélisés par les Vikings, eux-mêmes convertis, ont mis sur leur trône, un Saint Olaf qui avait été baptisé, en 1015 à Rouen et qui fut enterré à Trondheim à la suite d’un combat mortel en 1030. La même ville de Trondheim fut d’ailleurs un but de pèlerinage jusqu’au XVIe siècle…

C’est un pays fascinant par la beauté majestueuse de ses paysages faits de fjords et d’îles baignés d’une lumière diaprée et qu’il faut découvrir par la mer ! Pays passionnant par les méandres de son histoire mais qui se montre pacifique et même « courtois » dans l’art de conquérir.

Au XIIIe siècle, période faste, il annexe, sans heurts, le Groenland et l’Islande. C’est aussi une époque de haute civilisation avec des techniques innovantes et une bonne intégration à l’Europe occidentale. La Hanse, sous la tutelle de laquelle la Norvège s’est placée, joue un rôle de colonisateur du genre plutôt oppresseur ! Mais c’est le « haut mal », la peste noire de 1349, d’une extrême violence – la moitié de la population y périt – qui mettra le pays à genoux pour 200 ans. En même temps se forme une union scandinave, dominée par un Danemark très puissant qui vassalise la Norvège et lui impose la religion luthérienne. La langue danoise s’insinue dans le norvégien, le grand écrivain Ibsen écrit en dano norvégien. Au XVIIIe siècle, le pays n’a ni banques, ni chambres de commerce : toutes les transactions se font au Danemark. Au début du XIXe, époque napoléonienne, les danois voudraient se tourner vers la Grande-Bretagne mais à la suite de la bataille de Trafalgar, c’est vers la Suède (donc la France) qu’ils s’orientent. Et, à la suite du traité de Kiel, signé avec Bernadotte, en 1814, la Norvège se fait une constitution visant à l’autonomie du pays, inspirée à la fois par la constitution américaine et la constitution révolutionnaire française. Bernadotte, plutôt libéral, lui offre la reconnaissance et, en conséquence, la sagesse, voire la paix s’imposent jusqu’en 1905.

Et ensuite ? Au cours du XIXe siècle, 30% des norvégiens émigrent vers le Canada, les États-Unis et l’Australie à cause de l’extrême pauvreté du pays. N’oublions pas que c’est un pays sans agriculture… Par un référendum, en 1905, le pays opte pour la monarchie avec un souverain d’origine danoise. Puis arrive le temps des grandes explorations avec Nansen et Amundsen, véritables héros nationaux.

Pendant la première guerre mondiale, fidèle à ses principes, le pays reste neutre.

Pense-t-on à cette longue histoire en abordant les côtes de Norvège ? Pense-t-on aux « sames », qu’on appelle aussi « lapons » ? Peuple évalué à environ 70.000 âmes vivant dans les territoires du Finnmark, la plus étendue des 19 provinces de Norvège ? Ils parlent leur propre langue et vivent de l’élevage du cerf et des rennes. Ils sont attestés très tôt, Tacite en parle en les nommant « fenni ». Tranquilles à l’origine, ils ont été christianisés. Ils pratiquaient le chamanisme : la répression de l’église fut violente. On les considérait, au XIXe, comme un peuple dégénéré avec comme trait physique dominant les pommettes saillantes. Aujourd’hui, vivant beaucoup de l’artisanat en plus de l’élevage, ils sont représentés au parlement norvégien et possèdent un lycée d’état et une université.

Se laisse-t-on porter par la vision inouïe de la blancheur moirée du glacier de Svartisen, du mythique Cap Nord, de la muraille de l’archipel des Lofoten qui bénéficie, en juin, du soleil de minuit ? De paysages sur lesquels les petites maisons en bois, peintes de toutes les couleurs, se détachent ?… Les baleines croisent au loin et les rochers servent de réserve aux oiseaux comme le macareux ou l’aigle blanc… Les villes côtières ont parfois servi de point de départ aux expéditions polaires. Tout surprend et fait marcher l’imaginaire dans ces pays dont les habitants ont l’accueil chaleureux.

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Spitzberg

♦ Intermèdes propose une croisière Événement de 13 jours du 6 au 18 juillet 2012 en Norvège , fjords, cap Nord et Spitzberg, en partenariat avec Philosophie Magazine :

> Les Grands récits de l’Univers

Cette croisière d’exception est accompagné par Michel Serres, philosophe, académicien et ancien officier de marine, Claude Cohen-Tannoudji, physicien et prix Nobel 1997 et Paul Clavier, professeur de philosophie à l’école normale supérieure et spécialiste de la philosophie de la religion.

Télécharger le programme

NDS Spitzberg PANORAMA Glacier Svartisen

I. Aubert

De Moscou à Pékin, le Transsibérien sinon rien ! A bord de l’Or des Tsars

Lundi 7 novembre 2011

photo

Comment, en 2012, où le citadin n’a le temps de rien, où l’on confond de façon permanente vitesse et précipitation, où la vie quotidienne se vit en résumé, où tous les déplacements se font en avion pour être plus vite à pied d’œuvre, ignorant de toute évidence les territoires traversés, comment ne pas avoir envie de prendre le temps de perdre du temps ? Comment ne pas applaudir à l’idée de rêvasser, confortablement installé sur le velours cramoisi d’un compartiment tandis que dans le couloir fume le samovar et que s’ébranle le Transsibérien, attaquant le plus long voyage du monde sur rail à une vitesse moyenne de 60km par heure ?

Se laisser envahir par la littérature d’Albert Londres, Agatha Christie, Maurice Dekobra, ou les images de Sydney Lumet, Alfred Hitchcock et d’autres… Regarder, réfléchir, méditer, penser, converser, partager, laisser, avec jubilation, les heures s’égrener : le voilà le luxe pour ce nouveau millénaire !

Je suis prête à y souscrire et j’imagine même qu’ayant parcouru le trajet dans un sens, on doit avoir envie de le faire à l’envers ! A condition, toutefois, de passer au moins 24 heures à Moscou pour commencer. Le théâtre du Bolchoï est rouvert et la ville affiche une ébullition permanente qui prépare bien au calme qui va suivre.

theatre du bolchoi - D. Meillieux_flickr

Se souvient-on que le train fut construit sur  l’ordre du tsar Alexandre III pour relier l’occident à l’orient à travers les forêts de bouleaux de la taïga et l’immensité des steppes ? C’est à un  « Western de l’Est » que l’on est convié, sur les traces de Michel Strogoff, Dostoievsky, Lénine ou Staline !

Le luxe dans la décoration des  wagons de « l’Or des Tsars », le service d’un autre temps, propulse le voyageur dans une époque romanesque et fait revivre l’art de voyager du début du XXe siècle en permettant d’évoquer le temps où pour se déplacer dans ces régions il fallait affronter outre les brigands, une nature  particulièrement hostile : blizzard, inondations, brouillard, froid intense, les attaques de loups sans oublier la distance interminable du trajet.

Cab Nost Conf

Il a fallu trente années d’études et de recherches avant le lancement de cette formidable aventure technique et humaine pour aboutir à cette « merveille des temps modernes », quel confort de traverser sereinement les paysages de ce morceau d’univers.

I. Aubert

Crédit photo : D. Meillieux_flickr

♦ Intermèdes propose une croisière ferroviaire de 16 jours sur le Transsibérien à bord de l’Or des Tsars du 28 juin 2012 au 13 juillet 2012 : voir le programme détaillé du voyage

Ce voyage est accompagné par Marie-Edith de la Fournière, diplômée d’Histoire et d’Art plastique. Une conférence intitulée « De Moscou à Pékin : le Transsibérien » aura lieu le 23 novembre 2011 à Paris de 17:00 à 19:00.

MOSCOU : Vive le Bolchoï Nouveau ! Le plus grand théâtre d’Europe.

Lundi 24 octobre 2011

theatre du bolchoi - D. Meillieux_flickr

235 ans d’existence pour cette fierté nationale avec des moments de gloire inoubliables mais aussi des plongées aux enfers, le tout avait rendu l’ensemble plus que fragile : au bord de l’écroulement.

A l’image de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, le théâtre du Bolchoï dépend directement de la présidence de la Russie. Résultat : un chantier de six années, trois mille ouvriers et artisans, on n’en voyait pas la fin ! Mais, avec deux scènes, des machineries rénovées, l’électronique, l’électricité… en un mot c’est la structure entière du bâtiment qui a été refaite. Il avait été, tout comme l’Opéra Garnier, construit sur une zone marécageuse mais à la suite du détournement de la rivière, les piliers qui le soutenaient se sont abîmés. Les structures renforcées, l’aigle à deux têtes, symbole du croisement entre l’Orient et l’Occident, figure de nouveau à son fronton. A l’intérieur, c’est une symphonie de velours cramoisi, de dorures et de passementerie tissée de fils d’or,  des loges avec salon privé, splendeurs d’un autre temps, mais pour les Moscovites rien n’est trop beau. Ici, comme avant, c’est la tradition de la danse qui prime sur le lyrique alors qu’en Europe occidentale c’est le contraire.

Le 28 octobre la soirée d’ouverture sera retransmise sur de nombreuses chaînes télévisées dont Arte, en léger différé, suivie d’un documentaire passionnant. Ce sera un hymne à la musique russe, chanté à la fois par les artistes du Bolchoï mais aussi  Nathalie Dessay, Angela Gheorgiu, Placido Domingo…  A ne surtout pas manquer.

I. Aubert

Crédit photo : D. Meillieux_flickr

Toutes les fées se sont penchées sur les Marches, terre dotée s’il en est !

Mardi 23 août 2011

Urbino - Palazzo Ducale e Duomo

Aussi bien par son apparence de vertes collines « à la Toscane » qui s’inclinent vers l’Adriatique,  avec 180 km de plages, que par les cimes de ses montagnes, protégées par deux parcs nationaux, la région des Marches est inoubliable et offre en outre, un condensé de villes d’art éblouissantes, présentant l’ensemble le plus riche qui puisse être, en musées, pinacothèques, bibliothèques, théâtres, etc. On y trouve la plus forte densité d’opéras de toute l’Italie : imaginez, 239 communes et 140 théâtres lyriques ! Les villes, majoritairement situées sur le littoral, sont de véritables trésors d’archéologie.

Au nord, Urbino (en photo), patrie du peintre Raphaël, émaillée de trésors de la Renaissance, rappelle une petite Florence sans les hordes de touristes. Elle fut possession d’un mécène éclairé, un condottiere, au XVe siècle, le duc Frédéric III, à la cour duquel vivaient architectes, mathématiciens, peintres comme Paolo Ucello et Piero della Francesca. Sa bibliothèque et son cabinet de travail, l’incroyable studiolo, couvert de boiseries marquetées que l’on visite au palais ducal, montrent son engouement pour la culture. Et aussi Recanati, ville du poète romantique Giacomo Leopardi. Macerata, qui s’enorgueillit de posséder le plus vieille université d’Italie, Fermo, perchée sur une colline, ancienne colonie romaine,  paisible et sereine, invite à la visite de son palais des Prieurs où l’une des vingt plus belles bibliothèques d’Italie nous parlera du pape Sixte V. Vous apprécierez les gracieux palais Renaissance de Jesi, la « Milan des Marches », patrie de Pergolèse et serez éblouis, dans la galerie rococo du palais Pianetti, par cinq chefs-d’œuvre de Lorenzo Lotto. Ascoli Piceno, tout au sud le la province, entièrement construite en travertin, est un régal pour les yeux avec sa piazza del Popolo, une des plus belles d’Italie, que fait dorer le soleil sur ses murs et un régal pour le palais avec des spécialités culinaires comme les olives all’ascolana ou les fritures de tous genres. Pesaro, ville natale de Rossini où chaque été, depuis 1980, un festival de renommée internationale attire un public fidèle de français, d’allemands et de japonais.

Si les Marches détiennent de nombreux records quant au patrimoine artistique, la région possède aussi celui de compter le plus grand nombre de centenaires de toute l’Italie ! Pourquoi ? Qualité de vie, bien-être, absence de stress… En tous cas la province de Pesaro vient de créer le premier « Festival du Bonheur » avec, en ouverture, un spectacle de l’immense acteur et réalisateur, Roberto Benigni, passé maître dans l’art de cultiver cette valeur rare.

I. Aubert

Crédit photo : ENIT

Guimarães, capitale européenne de la culture en 2012

Mercredi 3 août 2011

guimaraes

Au nord du Portugal, à 50 km de Porto, Guimarães est une belle cité médiévale et le berceau du royaume. La restauration de son centre historique lui a valu d’être classée, dès 2001, au patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle ambitionne maintenant un rôle culturel dans l’Europe de 2012, faisant foi d’un passé qui s’est signalé dès le XIe siècle pour avoir été le berceau des souverains portugais. On y retrouve Henri de Bourgogne et son épouse, la princesse Thérèse qui donne le jour à Alphonse Henriquès, en 1110, lequel succède à son père en 1112 à la suite d’une rude bataille menée contre la régente, sa mère. Il est proclamé roi du Portugal par ses troupes et par son cousin Alphonse VII, roi de Léon et de Castille. La ville est pleine de charme et mérite une visite dans le dédale des rues reliant des places bordées de maisons anciennes en granit. Le musée, réaménagé en 2004, dans des bâtiments romans conventuels du XIIIe siècle, l’église Sao Francisco, le Château, le palais des ducs de Bragance, du XVe siècle : Tout y est harmonie et gageons que cette nouvelle consécration la rendra encore plus attirante et harmonieuse.

I. Aubert